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Pour partager quelques écrits quelques voyages, des livres du temps...

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Quittez Tabriz



Ne quittez pas la France sans vous munir d’un guide du pays capable de vous dire s’il existe une ligne de bus entre Tabriz et Maku, une autre jusqu’à la frontière turque et de vous en donner les horaires. Sans ça, vous devrez partir de bonne heure en taxi de l’hôtel pour la station de bus. Une fois là, vous devrez demander aux gens ces informations mais comme cette ligne est interdite, à moins d’avoir un visa turc ce qui est impossible pour la plupart des Iraniens, vous vous ferez avoir par les taxis à l’affût, qui par complicité ne vous diront jamais si un bus existe pour faire la route. Plus de deux cents kilomètres. Vous ne les croirez pas et les écarterez trente fois jusqu’à ce que vous finissiez par céder. Celui qui aura la chance de pouvoir vous emmener gagnera le pactole ! Cinq euros... À la frontière, vous n’avez aucune chance de revendre vos rials contre des livres turques sans perdre un quart de votre somme. À la frontière, c’est trop tard pour négocier. Vous êtes en position de faiblesse, on vous certifie qu’il n’y aura pas moyen d’échanger cet argent, soi-disant interdit en Turquie, alors que c’est complètement faux. Mais bon, on ne prend pas de risque, on coupe la poire en deux. Une fois passée la frontière, encore sous la pluie évidemment, dans un environnement de hauts plateaux rocheux et laissé à lui-même, vous attendrez gentiment que quelqu’un veuille bien vous emmener à la prochaine ville. Dix kilomètres à pied sous la pluie avec les sacs, le beau costume iranien prévu pour le mariage des amis au retour, et la guitare par-dessus. Ok, on attend. Finalement, un minibus privé arrive et avec lui, cachée derrière la frontière, une bande de petits trafiquants moustachus dont les poches sont pleines de cartouches de cigarettes. Le minibus est bondé. Assis les uns sur les autres, les bonshommes tentent de cacher quelques cartouches dans nos affaires et sous notre siège, histoire de partager sans doute… La tension monte à l’approche du dernier barrage de police. Le silence se fait anxieux. L’œil expert des douaniers roule jusqu’à nos pieds. Le chauffeur dit quelques mots qui les font sourire. Le bus démarre. On est passés. Les corps se décrispent. Les gorges se dénouent. Les cartouches reprises sous nos sièges sont déchirées et on nous offre une cigarette en nous tapant sur l’épaule. Nuage de fumée dense mêlée à une forte odeur de mouton. On l’a échappé belle. Voilà un peu d’animation. Entre ces deux mondes, les montagnes immenses forment la plus vaste frontière naturelle et rien ne passe ici, à part le temps.

 

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