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Lettre de Amandine en réponse au texte "ONG ou charity business "

(voir le texte de départ ONG ou "charity business" )


Salut Nico,

Salut m’sieurs dames,

Et tout de suite : attention aux généralités !!!!

 

Première chose, le milieu de l’humanitaire est comme tous les autres : il y a du bon, il y a du mauvais. Mais l’éloignement, l’inconnu, l’exotisme, les catastrophes qui font le contexte de ces métiers ont très vite poussé les gens qui ne sortaient pas de chez eux a fantasmer l’ensemble de la profession, a ériger en saints ceux qui osaient partir dans des conditions aussi terribles. Aussi parce que l’histoire de l’humanitaire prend ses sources dans l’aide aux blesses des grands conflits. Alors voila, pendant des décennies, les gens des ONG étaient « nos » héros, en fait parfaitement inconnus, on ne savait pas vraiment ce qu’ils vivaient au quotidien, comment ils se comportaient, mais on y transposait a l’excès toutes nos petites culpabilités, tous nos besoins de bonne conscience. Et l’on considérait largement que la volonté d’aider l’autre se suffisait a elle-même, sans se poser la questions du comment, pourquoi, a quel prix…

Puis vinrent les années 90, et les premiers gros scandales. Tout d’un coup, le petit occidental moyen voyait s’étaler dans les journaux des histoires sordides d’humanitaires pédophiles, de détournement d’argent, etc… et « oh ! vous nous avez trahi ! » Au fil des ans, le débat a grossi -merci les medias, au passage, pour votre dénégation du journalisme et de l’information au profit du spectaculaire, du choc, du vendable…- et les gens se sont senti floues : ceux qui par leur seule expatriation leur apportaient fantasmes de solidarité et excuses a toutes leurs petites lâchetés quotidiennes n’ont pas toléré qu’ont les prive de ce confort. Et tout comme une personne peut-être encensée puis jetée a terre en quelques jours par « la masse », l’humanitaire est passe du podium des héros au banc des suspects. De nos jours, les gens pensent « c’est bien, mais… ».

 

Du côté de ceux qui se sont un peu plus penchés sur la question, les culpabilités s’enchaînent au fil des bien pensants de nos sociétés. Apres avoir applaudi les ONG lorsqu’on se mortifiait d’un passe colonialiste, voila que l’extension de nos modèles de vie nous donnent le tournis, le vertige, et on commence a se dire qu’on aimerait bien conserver (pour notre plaisir ?...) des petites poches de vie autochtone,  de l’authenticité svp, « oh, c’est tellement touchant ces gens qui vivent presque nus et triment toute la journée pour faire pousser leur nourriture …». « Et puis regardez, ils n’ ont pas l’air malheureux… ». Bon, j’en fais peut-être un peu trop, mais je voudrais vous faire remarquer que chaque cas et particulier. Et si les villageois avec qui je bosse en ce moment aimeraient rester sur leur montagne pour continuer de chasser et d’honorer leurs esprits, ils réclament aussi fortement de pouvoir s’offrir des téléphones portables et d’envoyer leurs enfants a l’école… Car le mal est déjà fait en matière de « rêve occidental » inculque a tous, faut pas rêver (enfin, si, il faut, mais là-dessus pas d’hypocrisie svp). Apres, toute la complexité est de trouver le juste milieu entre le « développement » sous ses formes mondialisées et la préservation des identités et des modes de vie propre a chacun. C’est pas évident…

 

Du coup, pour en revenir a l’humanitaire, on est certes dans une transition du « aider l’autre » a « comment aider l’autre réellement, et après tout ne serait-ce pas dans certains cas en se privant de l’aventure d’intervenir ? ». Chaque situation est spécifique, car humaine. Et pour connaître un peu ce milieu, je dirais aussi, et avant tout, qu’au-delà des clichés (encenseurs ou critiques) sur les ONG, comment chaque projet se déroule tient a 75% a la personnalité de celui/celle qui mène la barque : le chef de mission. Ainsi, une même organisation peut-elle mener un programme extraordinaire en un lieu, parce que le chef sur place connaît bien la région, l’aime, se pose des questions, écoute les autres, est engage, innove, envoit l’administration se faire foutre si besoin, se risque, essaye encore, etc. alors qu’ailleurs, de préférence dans une sympathique capitale tropicale, Monsieur le Boss s’attachera plus a la beauté des femmes du pays, a l’expertise de ses boissons alcoolisés et a ses avantages professionnels a vomir (voiture et chauffeur, maison payée, prime de risque…). Oui, je prends les exemples extrêmes, ils existent l’un et l’autre.

 

Quant a « ce que le capitalisme donne, la solidarité le redonne au compte-goutte », apprend-on vraiment quelque chose ? On sait tous comment ça se passe bordel !!! Mais on ne le croit pas, on ne l’intègre pas. Et la je vous renvois la balle : oui, quand on fait nos courses dans un supermarché, on favorise cette soi-disant « main invisible » merdique, quand on consomme le pétrole du Nigeria, achète le tee-shirt made in China, on dit « amen » au système… Bon, je suis remontée, me suis enchaînée cette semaine le documentaire « We feed the World », le film « Home » et le bouquin « La haine de l’Occident » du génial J. Ziegler, forcement… Mais j’ai encore envie de râler, l’humanitaire, il commence a sa porte… pas besoin d’exotisme, d’aventure et de complexe de supériorité pour croire profondément que « sans nous, ils ne sont sortiront pas ».

 

Comme cette parole de l’islam que tu cites, Gandhi disait qu’il n’y avait pas de meilleure leçon a donner que, en silence, de montrer l’exemple.

 

Je crois aussi profondément a cette phrase: «  la question n’est pas de savoir ce que l’on aurait fait a leur place, mais de savoir ce que l’on fait a la notre »

 

D’autres réactions a ton texte, point par point :

« donnez une image solidaire a votre société » ; tout est la : DONNEZ UNE IMAGE  bla bla bla. Tu remplaces par ecolo, c’est la même. Le dictat de la com’, gouvernant la majorité des consciences et du fric.

Sans compter ce foutu dictat des chiffres, allie de la com’, qui rend plus intéressant aux yeux de beaucoup d’avoir construit 10 bâtiments scolaires que d’en avoir bâti seulement deux mais avec équipement, formation des instits, réflexion sur un programme scolaire qui tiendrait compte de l’histoire et de la culture propres au lieu, et réserve (sous et ressources humaines) pour un suivi sur plusieurs années… Et ainsi les milliers de morts et les millions de dollars deviennent-ils en eux-mêmes les objets de nos activités sans plus réagir aux histoires personnelles. Je vote pour une réintégration du qualitatif au premier rang de nos préoccupations, et de celui des ONG !

 

« asile pour européens blases », la, t’y vas un peu fort. C’est parfois le cas, mais n’oublie pas que dans l’histoire nous sommes, les occidentaux, les premières générations a ne pas  avoir eu de guerre dans notre pays. Or l’humain a toujours besoin de combats personnels pour se sentir exister, et si ce combat éclate à la gueule de tous, c’est plus simple d’y trouver son rôle et de le revendiquer. Alors, de la facilite peut-être ?

 

« Il est vrai que dans ce monde, parfois, nous devons nous mêler des affaires des autres pays car leurs activités nous concernent directement. Je pense notamment à la gestion de l’eau, de la pêche, de la déforestation… »  Oh la la ! Grave de dire ça ! Se mêler des affaires des autres ne serait justifiée que si leurs actes peuvent avoir des conséquences néfastes sur nos petits conforts ?!!!!! Et par contre, pour faire encore du lourd, toutes ces ignominies a l’encontre des femmes dans quelques pays, ne nous affectant pas directement, devraient bénéficier de nos paupières les plus closes ?!!!! Pas d’accord ! Et c’est pourtant également un courant de penser « politiquement correct » et largement mis en avant qui pourrait bientôt priver des milliers de communautés de leurs forets ancestrales, au titre de la « taxe carbone » et compagnie…

 

Bon, j’arrête la. Guette ta réponse (et au passage, tu deviens quoi ?????).

 

Prenez soin de vous, m’sieurs dames, et des autres !

 

Amandine

 

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