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Pour partager quelques écrits quelques voyages, des livres du temps...

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Sandra (4)

-         Tu vas où pour ton prochain voyage ?

-         En Asie du sud est.

-         Pourquoi faire ?

-         D'abord pour me promener, ensuite pour voir des amis et enfin pour participer à un projet au Laos.

-         C'est quoi ce projet ?

-         Développement de structures d'accueil dans les montagnes du nord du Laos pour favoriser le tourisme vert. On appel cela le tourisme équitable.

Charlotte pensait en même temps qu'elle parlait que souvent ces structures n'avaient d'équitable que le nom. L'argent allait surtout dans la poche des agences de tourisme. Et au population locale, on leur demandait de poser pour la photo, quitte à exagérer leur pauvreté. Comme en Inde d'ailleurs ou lors de son premier voyage, Charlotte s'était faite avoir par les mendiants qui parfois, souvent dans les lieux touristiques, se changeait en de pauvres vermines pour inspirer plus de pitié et obtenir plus d'argent que nul autre travailleur. Un commerce rentable et dangereux car une sorte de mafia régnait sur ce secteur. Enfin, là où elle allait cette fois ne ressemblait en rien aux bidonvilles de Mombay. Elle participerait à la création de randonnées dans des lieux magnifiques, de montagne d'eau et de jungle, à la frontière de la Chine ou personne ne peut aller sans organisations touristiques.

-         Tu seras payé Charlotte pour faire ça ?

-         Non, je serai bénévole, et même bénévole, l'organisation n'accepte pas le premier venu. Il faut déjà avoir participé dans des ONG et faire parti de quelques associations de ce genre. Et c'est peut-être normale, on emmène pas dans la jungle, dans des milieux parfois hostiles, des personnes dont on n'est pas sûr de leur capacité.

-         Et tu finances comment tes voyages ?

-         Avec mon travail mais il ne faut pas grand chose. Ca me coûte plus cher de travailler en France que d'être en vacances à l'étranger. 

-         Et tu n'as pas peur ?

-         Peur de quoi ?

-         Je ne sais pas, des gens, de la maladie. Il ne doit pas y avoir d'hôpitaux, tu dois manger n'importe quoi.

-         Bien sûr que non ! Surtout en Asie du Sud Est, c'est très développé. Presque autant qu'en France. Mais je ne peux pas tout t'expliquer, il faut partir. Il faut voyager dans la vie. C'est une bonne formation et ça te permettrait de te retrouver toi même.

-         Je ne suis pas perdue !

-         Excuse-moi, mais je ne te trouve pas au mieux de ta forme. Certaines personnes vivent grâce à leurs passions, leurs occupations, ou même leur enfants ou encore leur travail. D'autres ont besoin de partir. Enfin moi, c'est ce qu'il a fallut. Ca m'a beaucoup aidé à devenir ce que je suis. A grandir s'il on veut. A devenir une femme peut-être. Sortir de l'enfance. Ou disons, prendre du recul sur la vie pour mieux l'envisager, la cerner, savoir un peu mieux ce qui reste essentiel et ce qui ne l'est pas du tout. S'éloigner pour mieux voir. Monter sur la montagne pour apercevoir l'horizon plutôt que de rester coincé dans la gorge. Mais je m'égare. Tu ne m'as pas encore parler de toi, de Paris, de tes soucis ? Tu es venue pour ça pourtant. Mais peut-être tu te sens déjà un peu mieux même sans n'avoir rien dit, seulement du fait de ton départ, de ce petit voyage, non ?

-         Peut-être.

-         Alors c'est toujours pareil, ce n'est pas forcément fuir, c'est prendre du recul, de la hauteur. Un peu comme ce paysage. Là bas c'est le pic d'Escalet, celui-ci encore plus haut, c'est celui d'Arriouère. Dans la vallée, coule la Neste. On aperçoit le pont de Soubiron et quand on le sait, on entend la cascade de Pichaleyt. Mais parfois, ce n'est qu'un murmure de notre esprit car on ne l'entend plus vraiment. Tout dépend où l'on se trouve, dans quelle direction on regarde, où l'on veut aller. Si on a la tête dans ces campanules, le cul dans les chardons bleus ou les yeux dans les yeux avec ces lotus de montagnes cornicules, magnifiques. On ne voit et on n'entend pas la même chose. Tout est question de point de vue. Ce que l'on veut bien voir, si l'on lève la tête où si on la laisse baissée, pris dans nos godasses, à n'avoir que le goût de la sueur aux coins des lèvres et garder les yeux fermés dans la difficulté. Tout le monde prend pourtant le même chemin mais personne ne voit ni ne ressent la même chose...

-         Je ne comprends rien à ce que tu racontes. Des fois, je me demande si tu ne te racontes pas des histoires à toi même. Tu fabules ma pauvre Charlotte. Trop de montagnes dans la tête, reviens sur Terre. Moi, j'ai Alban qui me largue, je n'ai pas de boulot, pas d'appartement, alors tes divagations philosophiques, garde les pour une autre fois. Là, il me faut des réponses claires et nettes, objectives et matérialistes. Qu'est ce que je vais bien foutre en redescendant de tes nuages ! Je ne me vois certainement pas retourner chez mes parents, ni même frapper à la porte des anciens colloques où traîne encore mon ex tout crispé, froissé de mon départ sans excuse ni même d'explication ! Si tu veux, je suis super contente d'être avec toi mais comme tu dis je vais profiter de la montagne avant que l'orage ne pète et d'ailleurs qu'elle que soit mon point de vue par ce que de toute façon comme tu vois, il change à chacun de mes pas, j'adore ces montagnes, ces lacs translucides, ces fleurs, cette herbe fine et piquante. J'ai envie de m'allonger, de rouler dedans jusqu'à en perdre toute notion. Ça me fait du bien ces paysages, le bleu du ciel extraordinaire et ce vert de montagne est si apaisant. Je ne sais pas si je suis en train de « relativiser » comme tu dis mais je suis bien, mes petits soucis sont là mais ne sont pas omniprésents, d'ici je me rend bien compte qu'ils sont mêmes ridicules, banals et que nous sommes sans doute des milliers dans cette situation et pire encore. Bref, je ne suis plus seule à ruminer dans mon coin tant que le ciel est au dessus de moi et j'ai bien conscience que ce petit changement y est pour quelque chose. J'ai envie de vivre, de m'amuser et de rire. Je t'offre un verre ce soir !



Après quelques jours de vacances et de pleine air, Sandra avait récupéré toute sa joie d'enfant. La métamorphose était incroyable. A son tour, elle prenait la vie du bon côté. Elle était positive ainsi que Charlotte l'avait toujours connu. A tel point que celle-ci, malgré ces voyages et sa réussite, en devenait banale. La force de Sandra, venait du plus profond d'elle même, sa bonne foi, son charisme et sa bonté en ressortaient plus vives comme après une longue période d'hiver. A son retour à Paris, elle retrouva Alban un peu aigri mais elle su très bien se faire pardonner. Elle avait compris une chose pendant ces quelques jours qui lui paraissait important, il fallait avoir des projets dans la vie pour garder, malgré les difficultés, tout son optimisme.


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