Pour partager quelques écrits quelques voyages, des livres du temps...
Le réveil hurla. Cinq heure du matin. Charlotte s’assit au bord du lit et se frotta les yeux. Elle faisait parti des gens qui ne lézardaient pas au lit mais qui sautaient dans la douche à peine le réveil sonnait. Souriante, dynamique, c’était une petite femme qu’on aimait côtoyer dans la vie tant elle inspirait de gentillesse et d’optimisme. Elle se brossait les cheveux quand son téléphone sonna :
Allo Sandra qu’est ce qui t’arrive ?
Je n’arrive pas à dormir et je pensais à toi. Tu es en France depuis plusieurs mois et tu n’es même pas venue me voir.
Je sais Sandra, je suis désolé, je n’ai pas pris le temps mais je viendrai . Enfin, c’est pas pour ça que tu appels à cinq heure du mat ? Pourquoi tu ne dors pas ? Tu as des ennuies ? Qu’est ce qui t’arrives ?
Pas grand chose justement, je ne fais rien à part bouffer. Je me fais chier. On n’arrête pas de s’engueuler avec Alban. Je n’ai pas de boulot et je n’ai pas envie d’en chercher. Enfin voilà, tout va bien quoi !
Tu sais à quoi tu me fais penser ?
Non
A toute ces petites françaises pourries gâtées
Je sais, tu vas me ressortir tes pays pauvres où les enfants aimeraient bien aller à l’école, porter chaque jour un vêtement différents… mais même eux, je suis sûr, ne sont pas aussi abandonnés que moi.
Peut-être bien mais ce n’est pas une raison pour se laisser aller. Pourquoi tu ne viendrais pas me voir puisque tu ne travailles pas ? Ca te ferai du bien de changer d’air.
Je sais pas, je n’y avais pas pensé.
Jeudi, je ne travailles pas, je te remonterai le moral ;
Ok, je vais voir, tu crèches où ?
Saint-Lary-Soulan, dans les pyrénéens. Appel moi quand tu y es, je viendrais te chercher.
Je fais comment de Paris ?
Ma parole, t’es jamais sortie de chez toi ! Tu prends un train pour Tarbes. Tu auras certainement un changement à Bordeaux. Puis, de Tarbes tu prends un bus à la sortie de la gare.
Tu sais, je n’ai pas souvent pris le train. Ca fait au moins trois ans que je ne suis pas sortie de Paris. Mais je vais y arriver. Je me demande si je ne vais pas partir aujourd’hui. Bon je te laisse, Alban va arriver du boulot. On va voir comment ça va se passer mais je suis motivée.
Ok, bon à ce soir. Appel si tu as quelque chose.
Bisous
Bisous
Charlotte repensa une seconde aux malheurs de son amie. Comment elle faisait pour s’ennuyer pensait-elle. Avec tout le temps qui lui manquait pour faire tout ce qu’elle aurait voulu faire. Enfin, elle avait déjà réussi dans sa vie à réaliser quelques trucs dont elle était fière. Déjà, elle avait travailler dur pour être guide internationale et ensuite se spécialiser dans la montagne. Elle avait ce petit chalet dans un hameau voisin de Saint-Lary qu’elle habitait tous les étés à ses retours de voyages et qu’elle louait l’hiver. C’était un de ces beaux cadeaux qu’elle avait eu de sa famille notamment de sa grand mère. Cela lui permettait de mettre pas mal d’argent de côté tout en voyageant une bonne partie de l’année.
Chaque matin, elle se rendait de bonheur à l’agence de tourisme pour qui elle travaillait et prenait un groupe pour les mener promener en montagne. Plusieurs circuits existaient qu’elle choisissait par rapport aux difficultés et au groupe qu’elle avait. Certains se trouvaient en Espagne, d’autre duraient plusieurs jours alors ils partaient avec les toiles de tentes et la bouffe. Mais la plupart du temps, ce n’était qu’une ballade à la journée dans le parc national de Néouvielle. Enfin, elle trouvait sympa de voir les gens souffrir physiquement pour aller retrouver la nature et le grand air. Elle trouvait cela rassurant de voir que la randonnée était un sport qui rencontraient de plus en plus d’adeptes. Des adeptes de tous les âges et souvent heureux comme on peut l’être en vacances. C’était donc un boulot pas du tout désagréable.
En dévalant la pente avec son vélo, Charlotte pensa à nouveau à la venue de Sandra. Elle ne pouvait s’empêchait d’avoir de la peine pour son amie. Elle se disait qu’elle l’emmènerait avec elle dans ses randos et que ça lui ferait le plus de bien au monde. Que dans l’effort, elle trouverait les solutions à ses problèmes. Beaucoup de gens avaient des révélations alors qu’ils se trouvaient au plus raide d’une montée à travers les montagnes.
Vers huit heures, son téléphone sonna. C’était à nouveau Sandra ;
Allo, Charlotte, je me suis engueulée avec Alban, il dit que si je pars, ce sera définitif. Maintenant il dort, j’ai la gueule dans le cul et je ne sais plus quoi faire.
Tu devrais lui écrire un petit mot et faire ton sac. Une petite séparation ne fait pas de mal et si il tient à toi, il comprendra.
Il ne veut rien entendre, si je pars, il foutra mes affaires dehors.
Comme tu veux Sandra. Je ne t’oblige pas mais c’est certain que c’est la meilleure des choses que tu aurais à faire.
Sandra s’était mise à sangloter. Charlotte, au milieu de ses touristes qui attendaient ses directives pour partir ne savait pas trop quoi lui dire. Elle ne pouvait pas prendre les décisions à sa place. Elle n’était pas dans sa vie et était bien consciente de son recul par rapport à une telle situation.
Allez Sandra, bouge. Tu verras bien. Ta vie ne s’arrête pas à Paris dans cette piaule à attendre ton mec. Je t’assure que de venir me voir te donnera la force de le faire changer d’avis si tu en as le cœur. Va à la gare et prend un train. Tu verras, rien que ça et tu seras libérée. Tu te sentiras beaucoup mieux. Et puis tu l’appelleras pour lui expliquer. Tes idées seront plus claires. Ca va bien se passer, c’est certain. Allez, je te laisse, je suis au boulot mais je te dis à ce soir et je serai toujours là pour t’aider.
Et Sandra dans un demi-sourire
Toute façon, tu n’auras pas le choix de m’aider s’il me met dehors.
Pas de problème pour t’accueillir, à ce soir, gros bisous, je te laisse. Bon courage.
Sandra raccrocha et resta un moment indécise sur sa chaise. Elle regardera la pièce autour d’elle, la petite fenêtre d’où l’on apercevait la grisaille parisienne, la pendule du salon qui prenait son temps. Toutes ces secondes à ne rien faire. La télé avec de la poussière, la seule chose qui lui donnait des nouvelles de l’extérieure. Au dessus, une photo d’elle avec Alban et ce joli sourire de leurs premiers amours puis les chaises, le canapé, ce fauteuil griffait par le chat, ce papier jauni, le trou de la VMC noircie au plafond. Elle alla jetait un œil dans la chambre. Alban dormait paisiblement, fatigué par sa nuit de travail. Elle avait l’irrésistible envie de s’allonger contre lui et alla se blottir un instant. Mais elle n’avait pas envie de dormir. Elle avait envie de faire quelque chose aujourd’hui, comme aller acheter des fringues. C’est souvent ce qu’elle faisait quand elle avait une coup de blouse. Mais il ne fallait pas. Déjà, son armoire était pleine de choses qu’elle n’avait jamais remis. Et puis pas d’argent de toute façon pour se faire plaisir. « je vais trouver du travail se dit-elle » puis après quelques secondes : « je pars en vacances quelques jours chez Charlotte, ensuite je trouverai du travail ». Motivée par sa décision, elle écrivit un mot à Alban, jeta quelques affaires dans son sac et partie, non sans regarder une dernière fois son appart comme si au fond d’elle, elle savait déjà qu’elle ne le retrouverai pas de sitôt, si elle le retrouvait un jour. Mais cela n’était pas cartésien, ça ne fit qu’effleurer son esprit. Plus personne n’écoute son instinct.
Par la fenêtre du train, les paysages défilaient à grande vitesse. D’abord l’agglomération de Paris puis les vastes paysages de Beauce : Chartres, Vendôme, Tours. Sandra se demandait qu’est ce qu’il pouvait bien y avoir à faire dans une telle campagne. Jamais elle n’irai vivre en province. Née et grandie à Paris, elle ne supportait pas les grands espaces sur lesquels le soleil se couche. Après Poitiers, c’était les prairies où les vaches immobiles regardaient passer le train. Déjà, Sandra pouvait sentir toute l’angoisse de sa vie se détachait et flottait devant ses yeux pour qu’elle puisse mieux la voir. Mais elle ne voulait pas penser. Elle voulait éviter cela à tout prix depuis qu’elle avait passé la porte de chez elle. Elle s’obstinait, pour s’occuper, à observer les gens autour d’elle et à essayer d’imaginer leur vie. Tous avait une tête différente pourtant elle n’arrivait pas à leur donner une vie différente. Ces messieurs devaient travailler dans des usines et ces dames emballaient des packs de Cds. C’était tout ce qu’elle concevait pour eux. Après le changement de train à Bordeaux qui s’était bien passé malgré son angoisse de ne pas savoir faire, le train traversa les Landes. Forêt de pins infinie puisqu’ils ne menaient nul part. A Tarbes, le bus pour Saint-Lary l’attendait comme prévu devant la gare et elle n’eu même pas le temps d’allumer une cigarette. Déjà la route s’enfonçait dans une vallée sombre entourée de hautes montagnes et où le soleil ne parvenait plus.
Enfin, elle descendit à l’arrêt de bus et chercha Charlotte des yeux. Après cinq minutes d’attente, elle se dirigea vers un petit banc et s’assit. Elle se sentait seule au monde et abandonnée. Son petit sac serrait entre ses jambes tremblantes, les gens la regardait en passant, elle écrasa sa troisième cigarette. La nuit tombait.